Les photographies du réalisateur et photographe américain Kavan Cardoza, basé à Los Angeles, qui transpose son univers étrange dans des images sombres et surréalistes, dans lesquelles l’on retrouve de nombreuses inspirations et références

Shodo…

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Dans la maison, monsieur Kajima initie Clemens à l’art du Shodo[i]. Une feuille blanche est soutenue par deux poids de plomb. Takawashi salue, prend le pinceau dans sa main gauche. Plonge sa pointe dans l’encre. Les poils frappent la feuille, le mouvement s’amplifie, le corps est déporté sur la droite, l’esprit se vide ; les poumons expirent, la pointe des pieds se raidit, le pinceau à nouveau s’envole… Échoue une seconde fois en un trait lisse finissant par se tarir.

Benoit Marie Lecoin©

[i] Shodô signifie littéralement : La Voie de la Calligraphie. Il est à la fois une discipline pratique et artistique. Son apprentissage demande concentration, calme et patience. Le but est identique à celui de tous les arts martiaux traditionnels japonais : prise de conscience et harmonisation du plein et du vide.

L’étonnante et dérangeante série « Murder Weapons » du photographe Ed James, qui met en scène les armes du crime les plus étranges rencontrées dans les faits divers. Chaque objet est ici volontairement sorti de son contexte, laissant le spectateur imaginer les circonstances qui ont pu transformer ces objets du quotidien en arme du crime…

À la recherche du bonheur

Sans vraiment comprendre pourquoi, je me suis mis à croire (il n’y a pas de certitude qui résistent au temps) qu’il y avait de la beauté en l’Homme, qu’il était précieux d’y songer, que chacun de nous, nous sommes un océan de rareté. J’avais une vision de l’humanité, une foi totale en elle, je trouvais même à la stupidité, aux manques de valeurs, à l’impolitesse (qui est aussi offensante qu’une lame qui me traverse) l’excuse de nos molécules. Je totémisais mes pensées en un songe d’or et d’argent, et tout ce qui se pressait et se mêlait à ma réflexion semblait être si limpide qu’il me sembla, un instant, un court, si court instant, que je comprenais l’univers. Plus tard, il fallut, pour que je ne m’égare pas, trouver une raison à cette clairvoyance : je me suis souvenu que sur moi était étendu mon chat.

Benoit Marie Lecoin©

Tango: et tombent les âmes mortes…

Benoit Marie Lecoin©

Maria Duenas au Trou

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Ça se passait au Trou, soirée flamenco, Tango, hommage à Lorca par la voix et le coeur de maria Duenas…

C’est une connivence de voyage. Ça pétille de bonté et de douceur. Ça rayonne ! Éblouissement. Un astre complice tiédit oisivement ce corps andalou revenu de la baignade. Ouvrons-nous aux mystères d’une voie transie par le souffle de Lorca qui, minuscule, se blottit au sein du palpitant de Maria ; passager clandestin échauffant le sens et le son, nous ranimant. Neufs, contemplons la poésie s’ériger en protectrice de l’univers intelligible et cryptique : les mots sont précieux, ils inondent…

Résonne la voix — en filet, en force, en émotion. Un vibrato aux teintes sang et or d’une bandière, d’un camp de sentiments en armes. La guitare s’évade en solo, un fruit à la peau fauve. Les mains clapent en rythme, saccadé, et accompagnent les éclats de la complainte. Voici la déferlante d’échos et de cœur, vague de fond qui frôle le récif de corail de la langue de Garcia, de sa proue d’argent… Évocation du réveil, un rideau blanc chahuté par un vent qui fait frémir les balancelles d’un parc public.

L’amour semble avoir plus belle robe lorsqu’il retentit en espagnol : enjôleur, tempétueux, furieux, dramatique… « Je t’aime » est susurré les yeux dans les yeux, les lèvres rouges dans le cou. Tango ! Et tombent les âmes mortes !

On pourrait se laisser aller à croire que le temps n’est qu’une valeur. Rejeter science et mathématiques, leur préférant ressenti et art poétique. C’est presque trop tard — la voix de Maria se pose, avant que le chant ne soit attristé par le silence. Applaudissements, dernière révérence : un morceau plus dansant, et c’est l’anatomie andalouse qui tourbillonne à se perdre, songeant au génie de Frederico, à sa macabre fin.

Benoit Marie Lecoin©

Je suis d’avis de laisser les armes à feu hors de la portée des chats…

Benoit Marie Lecoin©

An impressive and colorful installation by the German artist Markus Linnenbrink, who took over the Kunsthalle Nuernberg center with a dripping rainbow created through a mixture of acrylic paint, pigment and resin.

Le coeur, ce parking abandonné…

Il ne peut pas la quitter, il ressent un manque de nicotine mais il ne faut pas l’abandonner. Une femme est un félin, elle demeure insaisissable, à elle d’édicter les lois, de tempérer les ardeurs du mâle, à elle de lui faire comprendre que la place en son cœur n’est pas un parking abandonné. Elle est à terre, à demi revêtue par une couette blanche sérigraphiée d’oiseaux de paradis et de papillons, elle reste entêtée par le parfum du corps de mon père ; sa sueur ressemble à une fragrance un peu épicée aux accents de miel de sapin. Elle s’étire encore, voudrait s’endormir auprès de lui, ses doigts caressant la joue de l’homme qu’elle aime, lui, promettant dans son regard : amour, asile, protection et fidélité.

Benoit Marie Lecoin©

The creations of German artist Jakub Rozalski, who inserts giant robots and futuristic mechas into old Polish paintings from the 1900s…

copyright

Vous conviendrez à présent que de signer tout texte, et d’y apposer un copyright est étrange. C’est juste une nouvelle routine pour ne pas subir la détestable découverte du vol de l’un de mes textes. N’y voyez-en rien une marque de prétention.

Hein, Cher tous

La notion du temps qui passe / Absence programmée

Hier, minuit passé, nous remplissions la Tulipe et moi des dossiers pour un stage Erasmus. J’aurais souhaité écorner les pages, raturer, ne pas coller sa photographie. J’étais partagé entre l’envie qu’elle avait pour ce projet prochain et l’envie irrépressible qu’elle ne s’éloigne pas de ma vue. En bon assistant, je l’ai conseillé pour sa lettre de motivation. Nous y avons mis les formes ensemble. La tulipe est une fleur délicate, des plus douée, nul doute qu’elle partira deux semaines dans cette école internationale à Bruxelles pour là-bas y enseigner. Deux semaines, les mathématiques s’en mêlent, soixante secondes pour la minute, soixante minutes dans une heure et une journée tient en vingt quatre-heures. Autant dire que mon pessimisme ne peut que conclure qu’elle s’absentera des milliards de secondes. L’infini a pour chacun une définition commune, une perception du concept très aléatoire. Il suffit pour cela de s’imaginer coincer dans un ascenseur assez longtemps pour perdre toute notion du temps qui passe…

Benoit Marie Lecoin ©

Après sa journée:
— Je suis morte!
—Il y en a plein les cimetières…

Benoit Marie Lecoin©

Entrée des castras sur la scène

J’ai le coeur plein de sanglots encombrants, et assez ridiculement lorsque je suis en tristesse, je souhaite si profondément la pluie. Je voudrais tant m’évader, laisser la tout ces sujets de chagrins. J’ai beau imaginer que le soleil luit sans préférence de peau, d’esprit, astre sans égal. Parfois, j’ai l’impression d’être ce chanteur, ce castra qui au moment précis où il doit entonner sa partie se retrouve aphone. Le monde est un théâtre aux jardins et couloirs vides. Sans la moindre honte, je finis immanquablement par prier pour mes soucis personnels, exit la maladie, la souffrance des autres ou la famine. J’ouvre une canette de cola, je la bois avec avidité et la jette à la poubelle, satisfait, presque en sécurité à la vue de mon frigo plein…

Benoit Marie Lecoin ©

À propos

Soupe dans ma cervelle ou le brouet d'un ex dyslexique espérant tutoyer la muse avec le soucis de se bonifier...

Chaque jour un nouveau texte écrit le jour même (dans son jus),
parfois une photo, parfois autre chose ...

Ou? Un pas à pas, toujours des photographies, ce qui me nourrit au quotidien, mais aussi des extraits du roman que je suis en train d'écrire, une promenade dans ce qui s'agite en moi à partager ou juste pour soi ...